vendredi 10 juin 2011

0 Mères porteuses : comment ça marche ? Pour ou contre ? et en france ?


Mères porteuses : comment ça marche ?

Le recours à une mère porteuse est interdit en France depuis 1994… alors que les partisans de la gestation pour autrui ne cessent d’augmenter. Pour mieux comprendre les enjeux d’une telle pratique, nous avons fait le point en onze questions-réponses.


Qu’est-ce que la gestation pour autrui (GPA) ?
Elle a été rendue possible par la mise au point de la technique de fécondation in vitro (fiv), au début des années 80. Elle consiste à réaliser une fécondation avec le sperme et l’ovocyte des parents intentionnels, ou avec l’ovocyte d’une donneuse, et à implanter l’embryon dans l’utérus d’une femme « gestatrice », qui n’aura donc pas de lien génétique avec l’enfant. On l’oppose à la procréation pour autrui, dans laquelle l’ovocyte de la mère porteuse est fécondé par insémination avec le sperme du père d’intention. Dans ce cas, l’enfant à naître est génétiquement lié à la mère porteuse.

Qui a recours à la GPA ?
Des couples dont la femme ne peut pas porter d’enfant : absence d’utérus liée au syndrome de MRKH*, « filles du distilbène » qui souffrent de malformations utérines, femmes qui ont subi une hystérectomie précoce. S’ajoutent à cela des couples homosexuels et, selon les rumeurs relayées par la presse people, des stars et des femmes riches qui ne veulent pas s’imposer la contrainte d’une grossesse.
(*) Syndrome de Mayer Rokitansky Küster Hauser: maladie génétique qui entraîne l’absence d’utérus et de vagin. Le MRKH affecte 1 femme sur 4000.

Quelle est la situation en France ? Depuis 1994, le recours à une mère porteuse est strictement interdit et peut entraîner une condamnation à trois ans de prison et 45 000 € d’amende. Les enfants nés de mère porteuse à l’étranger ne disposent pas d’état civil français et ne sont pas inscrits sur le livret de famille de leurs parents. Les consulats de France dans les pays où se pratique la GPA et les services de l’état civil de Nantes, dédiés aux Français nés à l’étranger, ont reçu des instructions pour détecter et signaler à la police les « suspicions de GPA ».

Et à l’étranger ?
De nombreux Etats ont légalisé et encadré la GPA : le Danemark, les Pays-Bas, la Russie, l’Ukraine, la Grèce, l’Iran, le Canada, Israël, l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, l’Australie, la Corée du Sud… Chacun d’eux dispose d’une législation et de contraintes spécifiques. La plupart, afin d’éviter le « tourisme procréatif », n’autorise la GPA que pour leurs propres résidents. Certains pays, comme la République tchèque, la Pologne et la Bulgarie, projettent de légaliser cette pratique. D’autres, comme la Belgique et l’Espagne, même si elles n’ont pas accordé de statut juridique à la GPA, reconnaissent les enfants qui en sont issus. En Inde, l’une des principales destinations mondiales des couples en recherche de mères porteuses, aucune loi n’encadre la GPA.
Les couples français qui tentent de trouver une mère porteuse à l’étranger doivent faire très attention aux pratiques juridiques des Etats où ils se rendent. Si leur bébé naît dans un pays où règne le « droit du sang », comme la Russie ou l’Inde, il ne pourra pas obtenir un passeport de cet Etat, et la famille aura les plus grandes diffi-cultés à rentrer en France.

Le cas particulier aux Etats-Unis ?
C’est dans les quatorze Etats américains où la GPA est autorisée que la pratique est la plus banalisée et qu’elle s’est transformée en business. Des dizaines d’agences spécialisées font de la pub et proposent des packages clés en main, avec devis détaillés (environ 100 000 €) et catalogues de « surrogates » (mères por-teuses, en anglais) rigoureusement sélectionnées en fonction de critères médicaux et psychologiques. Beaucoup de ces agences ont d’ailleurs été fondées par d’anciennes surrogates ou par des infirmières coordinatrices ayant travaillé dans des services d’obstétrique. Les Etats-Unis sont la destination privilégiée des couples français demandeurs.

Quelle est la motivation des mères porteuses ?
A Chicago, le 9 février dernier, une femme de 61 ans, Kristine Casey, a mis au monde l’enfant de sa fille stérile. Mère, sœur ou amie peuvent offrir de porter l’enfant d’une autre, par pure générosité. A l’opposé, on trouve aussi des femmes qui agissent uniquement pour l’argent. Dans des pays comme l’Inde ou le Bénin, il arrive que des femmes soient exploitées par des sortes de proxénètes procréatifs, qui vont les isoler de leur famille jusqu’à la fin de leur grossesse et empocher la quasi-totalité de l’argent versé par la famille d’intention.
C’est bien sûr aux Etats-Unis, où les surrogates se comptent par centaines, que sociologues et psychologues ont le plus étudié cette population. -Selon l’anthropologue Helena Ragoné, le profil moyen d’une mère porteuse est celui d’une femme blanche, chrétienne, mère de deux enfants et appartenant à la petite bourgeoisie. Les agences refusent en moyenne 40 % des candida-tures, en particulier celles de femmes vivant de l’aide sociale. Pour la psychologue Betsy Aigen, si l’argent est une motivation, la surrogate se sent valorisée par le fait d’accomplir un acte incroyable, de rendre un service d’une valeur humaine inestimable.

Et les enfants nés par mère porteuse ?
C’est la question centrale. Selon une étude réalisée par la psychologue Susan Golombok au Centre de recherche sur la famille de l’université de Cambridge, ces enfants se portent bien, à condition que leurs parents leur aient expliqué les conditions extraordinaires de leur mise au monde. En France, certains pensent que les « enfants GPA » souffrent davantage de leur clandestinité juridique que de leur histoire. En cas de désaccord entre la mère porteuse et les parents d’intention, des litiges complexes peuvent survenir. Aux Etats-Unis, un certain nombre d’affaires ont défrayé la chronique judiciaire : mères porteuses refusant de remettre l’enfant aux parents d’intention ou d’avorter d’un -fœtus trisomique, parents divorçant pendant la gestation et refusant finalement de prendre le bébé porté pour eux… Pour le moment, on n’a pas assez de recul pour savoir si les enfants nés de GPA sont davantage victimes de conflits juridiques que des enfants de divorcés « normaux ».

Mères porteuses : La gestation pour autrui, les pour et les contre

Qui sont les anti-GPA ?
La philosophe Sylviane Agacinski (1), l’avocate Gisèle Halimi, le professeur René Frydman (surnommé le « père », avec Jacques Testart, des bébés éprouvettes), la psychanalyste Caroline Eliacheff, le réseau Osez le féminisme, la romancière Nancy Huston…

Quels sont leurs arguments ?
Aux yeux de ses détracteurs, la gestation pour autrui constitue une instrumentalisation et une exploitation radicale du corps féminin, réduit à un « four à bébé ». Elle risque d’aboutir à une -exploitation des femmes pauvres, devenues machines à reproduire pour le bénéfice de femmes riches. Elle s’apparente à de la prostitution, où le service érotique est remplacé par un service procréatif. Pendant neuf mois, elle provoque une aliénation de la femme « gestatrice », soumise au contrôle -sanitaire des agences et des parents d’intention. Elle organise un abandon d’enfant en niant les échanges émotionnels profonds qui se construisent, pendant la grossesse, entre le fœtus et la mère. Elle se situe dans une logique ultra-libérale où, au nom de la liberté, on n’admet plus de limite aux désirs individuels. Elle institue le « droit à l’enfant », droit qui n’a aucune légitimité philosophique. Elle fétichise la transmission génétique et transforme l’enfant en objet de transaction. Elle peut aboutir à un futur assez effrayant, où des femmes en coma végétatif feront office de mères porteuses. Ce n’est pas parce qu’elle est légale dans d’autres pays qu’il faut faire la même chose en France, au contraire : on doit militer afin que cette pratique soit interdite à l’échelle planétaire.

Qui sont Les pro-GPA ?
Les philosophes Elisabeth Badinter et Ruwen Ogien, les politiques Nadine Morano et Noël Mamère, les psys et socio-logues Geneviève Delaisi de Parseval (2), Antoinette Fouque, Elisabeth Roudinesco et Irène Théry, les gynécologues obstétriciens David Elia et Israël Nisand…

Quels sont leurs arguments ?
Pour les partisans de la gestation pour autrui, plutôt que de crier à l’apocalypse et à la barbarie, il vaudrait mieux organiser et encadrer une pratique qui constitue le seul espoir des couples dont la femme est privée d’utérus. Selon eux, toutes les études démontrent que, loin d’être une malheureuse victime, une femme peut décider en toute conscience de porter un enfant pour une autre sans souffrir de troubles psychiques. Il y a d’ailleurs bien plus de dépressions post-partum après une naissance naturelle qu’après une naissance par GPA. C’est une vision profondément naturaliste et réductrice que de survaloriser la grossesse et de l’assimiler à la maternité. Devenir mère est d’abord un processus de maturation psychique qui ne se calque pas sur la grossesse. Ils jugent scandaleux de comparer la GPA à de la prostitution. Dans les pays développés, les « gestatrices » ne sont pas de misérables femmes exploitées par des femmes riches et qui se prêtent à un acte qui les révulse. Au lieu de dénoncer une « fétichisation du génétique », comment ne pas comprendre qu’un couple cherche d’abord à avoir un enfant issu de ses gènes ? Sur le plan psychologique, il est plus simple d’expliquer à un enfant qu’il a été porté par une « nounou » que de lui faire comprendre qu’il est issu d’un don d’embryon, pourtant permis en France. Il vaudrait mieux autoriser au cas par cas la GPA que d’en rester à une interdiction totale qui perpétue le « tourisme procréatif » dans des conditions hasardeuses.
1. Auteure de «Corps en miettes» (éd. Café Voltaire/Flammarion).
2. Auteure de « Famille à tout prix »  (éd. Seuil) et coauteure d’« Un possible enfant, Témoignages » (éd. Télémaque). 

Mères porteuses : « Je sentais que ces bébés qui poussaient dans mon ventre étaient les miens »

Gayle, 49 ans

Psychologiquement fragile, Gayle a mis au monde des jumelles pour son frère et son compagnon. La naissance a eu lieu en octobre 2006 dans le New Jersey, Etat où la GPA n’est pas légalisée. Son histoire illustre les dérives d’une GPA « sauvage ».

Courant 2005, mon frère Don et son copain, Sean, m’ont convaincue de porter leur enfant, en me promettant que je pourrais m’en occuper. Ils sont venus me voir et ont essayé de m’inséminer avec une seringue remplie du sperme de Sean. Ça n’a pas fonctionné. Ils m’ont donc fait venir chez eux dans le New Jersey. Don m’a loué une maison et confié un boulot dans sa société. Je me suis retrouvée isolée et dépendante financièrement de lui. En novembre 2005, on est allé dans une clinique de fécondation in vitro. a gynécologue ne m’a pas posé de question. C’était « business, business ». Elle a estimé qu’on ne pouvait pas utiliser mes ovules, parce que j’étais trop âgée, et a préconisé de réaliser une fiv avec le sperme de Sean et l’ovule d’une donneuse. Sean me faisait les injections d’hormones pour préparer mon utérus.

La veille du transfert d’embryon, Sean et Don m’ont tendu un contrat qu’il fallait que je signe sinon la gynéco refuserait de continuer. J’ai signé sans lire : j’étais convaincue que cet enfant serait aussi le mien… Ce n’est qu’à la fin de ma grossesse que je l’ai lu. Il me désignait comme « utérus porteur », précisait que je ne figurerais pas sur le certificat de naissance et que Don serait reconnu comme « mère adoptive » ! On m’a implanté deux embryons. La grossesse a été horrible. J’ai pris plus de 30 kg, et on a découvert que je souffrais d’hypertension. J’ai failli mourir. Don et Sean me traitaient de « pauvre conne geignarde »…

J’étais piégée, effondrée, incapable de réagir. Je sentais que les bébés qui poussaient dans mon ventre étaient les miens, je leur parlais, je les aimais déjà. Les jumelles sont nées très prématurées. En couveuse, je leur apportais mon lait, changeais leurs couches… A leur sortie de l’hôpital, Don et Sean les ont récupérées et m’ont progressivement empêchée de les voir. Mon frère m’a licenciée, et je me suis retrouvée sans rien. J’ai porté plainte en mars 2007. La justice a statué que le contrat n’avait aucune valeur, que je suis la mère légale des enfants. On en est là. Je vis toujours dans le New Jersey. Après tout, Don est le père de mes filles.

« J’étais exaltée par ce bonheur que j’avais rendu possible »

Mary, 45 ans

Cette Californienne, mère de quatre enfants, a porté les jumelles de Sylvie et Dominique Mennesson*, des Français qui, après avoir tenté d’inscrire leurs filles à l’état civil français, disent avoir subi une sorte de harcèlement judiciaire et policier. La Cour de cassation a refusé la nationalité française à leurs enfants.

Moi-même enfant adoptée, aider un couple à fonder une famille m’a toujours paru une ambition magnifique. J’ai pris contact avec une agence. J’en ai parlé à mon mari et à nos enfants. Je leur ai expliqué comment je pouvais aider une famille en portant un enfant. Avec l’agence, j’ai approfondi mes motivations et mon état d’esprit, pour éviter que je change d’avis et décide de garder l’enfant. On m’a montré les profils de couples, et j’ai choisi Sylvie et Dominique. On s’est envoyé des mails et on s’est rencontré en Californie. (Mary a reçu une compensation financière, mais elle refuse d’en révéler le montant, ndlr.) Il a fallu deux fiv avant que je tombe enfin enceinte.

Le 11 mars 2000, j’ai annoncé à Sylvie : « Nous sommes enceintes ! » Après la première écho, quand j’ai découvert que j’attendais deux bébés, Sylvie m’a demandé de poser le téléphone contre mon ventre afin que les bébés entendent sa voix. Certains couples laissent plus ou moins tomber leur surrogate jusqu’à la naissance des enfants ; avec les Mennesson, c’était tout le contraire : nous avons noué une relation affectueuse, qui dure.

J’ai accouché prématurément. Mon mari était là, et à l’hôpital Sylvie avait pris une chambre à côté de la mienne. C’est elle qui a coupé le cordon. Elle et Dominique pleuraient de joie. Moi j’étais exaltée par ce bonheur que j’avais rendu possible. Pour moi, il avait toujours été clair que ces enfants n’étaient pas les miens. Je suis venue en France rendre visite aux Mennesson. Les petites savent que je suis la « nounou » qui les a portées, ma photo trône sur la cheminée. J’ai été triste d’apprendre que l’Etat français refusait de reconnaître que Sylvie était leur mère. Ça n’a aucun sens.

(*) Auteurs d’« Interdits d’enfants » et de « La gestation pour autrui, l’improbable débat » (éd. Michalon).

 Source: http://www.marieclaire.fr/,legalisation-meres-porteuses,20123,403307.asp

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